Qu’est-ce que la psychanalyse ?

Pourquoi s’aventurer dans un processus à deux, qu’on dit long  et coûteux, quand tout semble faire croire que la solution à nos petits et grands problèmes est en nous, et qu’ils peuvent se régler rapidement en prenant du temps pour soi ou en méditant ? Parce que la psychanalyse est une démarche unique en son genre. Qu’elle propose un travail de découverte de soi à nul autre pareil.  

Qu’est-ce qu’une analyse ?
« Faire une analyse, c’est chercher l’enfant qu’on a été et celui qu’on ne veut plus être », nous dit une jeune femme qui a fait un « travail » pendant deux ans et demi. Cette définition est juste, mais elle ne recoupe que le deuxième temps de ce travail. « Le premier consiste à découvrir que notre manière de réagir au monde nous est vraiment propre. La psychanalyse est la seule méthode qui invite à trouver ce qu’il y a de plus personnel et spécifique en vous.

Comment la distinguer d’autres types de thérapies ?
Quand elle est apparue, au début du XXe siècle, il n’existait aucun moyen de soulager ni de soigner la souffrance psychique, hormis la religion. Avec le développement des autres méthodes thérapeutiques, du comportementalisme et du cognitivisme, il est plus aisé de définir la spécificité de la psychanalyse. Pour Serge Tisseron, « c’est un espace où on a la possibilité de mettre des mots et des images sur son expérience personnelle du monde. Où l’on peut se découvrir ». On ne peut le faire qu’en analyse, parce que le thérapeute accompagne sans s’imposer. Parce qu’il a lui-même déjà suffisamment parlé, au cours de son analyse de formation.

Qu’est-ce que la psychanalyse nous apprend ?
D’abord, que ce que nous vivons nous appartient. Un patient vous dit par exemple: « J’ai perdu ma mère il y a trois ans, je suis triste tous les jours, mais c’est normal. » Le rôle du psychanalyste consiste à lui faire comprendre que le lien de cause à effet ne justifie pas tout, qu’il existe sûrement d’autres causes à cette tristesse. Car la réalité du monde qui appartient à chacun -la réalité psychique- est dépendante de l’environnement, mais pas seulement. La deuxième chose, c’est que la représentation que chacun se fait de sa vie est liée au présent, mais aussi à la persistance du passé. «Nous avons des zones de fragilité malgré les forteresses que nous avons édifiées. Et nous réagissons souvent à des situations actuelles comme nous l’avons fait dans le passé. » C’est ce que l’analyse propose de dénouer.

Pourquoi la psychanalyse est-elle parfois attaquée ?
L’image d’un Freud au visage sévère (ravagé par un cancer de la mâchoire) est devenue le symbole de la psychanalyse. Mais aussi, la psychanalyse a mis à jour, dans la société, l’important du fait sexuel, et particulièrement chez les enfants. Cette réalité, qui n’est plus contestée, s’est trouvée confronté aux dogmes religieux et au tabou de l’homme.

Y a-t-il un danger à faire une analyse ?
Apprendre à se connaitre, se (re)découvrir est parfois douloureux, car des souvenirs enfouis ressurgissent alors à la conscience. Par contre, la psychanalyse n’est pas un danger, car aucun thérapeute ne peut mettre dans la tête d’un patient des idées qui ne lui appartiennent pas. En plus, le psychanalyste ne prescrivant pas, les risques médicamenteux n’existent pas.

A trop fouiller en soi-même, ne risque-t-on pas de devenir narcissique ?
Au début du travail, il y a un moment où le patient est plus centré sur lui et il revendique davantage ses propres désirs. Réprimés dans l’enfance, ceux-ci refont surface. Une fois qu’il les a nommés et qu’il a pris conscience du fait qu’il ne pourra jamais les satisfaire, il apprend à les laisser filer. Une des grandes vertus de la psychanalyse est de nous amener à ne pas répéter toujours les mêmes choses.

Est-il possible d’entamer une analyse quand on va très mal ?
Ce n’est pas le fait d’aller mal qui est déterminant, mais celui de présenter un symptôme que l’on peut précisément décrire ou non. Une psychanalyse est parfois débutée, en parallèle d’un suivi régulier fait par un psychiatre, avec ou pas des psychotropes, qui aident à passer un cap.

Comment savoir si on est tombé sur le bon psy ?
Trouver le bon, c’est avant tout trouver celui avec lequel on se sent bien. Mais la réciproque a ses limites: ne pas avoir le feeling avec l’un n’en fait pas un mauvais professionnel. Traditionnellement, les psychanalystes reçoivent trois fois avant de démarrer ou non l’analyse.

Peut-on émettre des doutes quant à la parole du psychanalyste ?
Evidemment, car le psychanalyste n’a pas de connaissance sur le patient. Il est là, comme «catalyseur». « Il est important de comprendre qu’une bonne analyse est une succession de moments malheureux -parce qu’il y a de la souffrance- et heureux, comme est la vie. L’important n’est pas tant des mots prononcés, mais de ce qu’on en fait.

Faut-il absolument s’allonger ?
La plupart des patients que nous avons questionnés en sont convaincus, la position allongée leur a permis de débloquer des choses, d’oser prononcer des phrases qu’ils ne se seraient pas permises s’ils avaient été en face à face. Pourtant, certains thérapeutes pensent que le fait de pouvoir voir, interagir, permet aux patients d’avancer en souffrant moins. Aujourd’hui, beaucoup de psys pratiquent le face-à- face et les thérapies peuvent aussi se dérouler.

Comment sait-on qu’on est arrivé au terme d’une analyse ?
C’est une décision qui se prend à deux, mais dont le patient sent souvent l’imminence. Parce qu’il se sent tout simplement mieux dans sa vie amoureuse, affective, sociale.